Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Françoise, j’ai 89ans. Mon parcours ne se résume pas à un long fleuve tranquille ! J’ai perdu mon mari à 41 ans. Femme au foyer et mère de quatre enfants, j’ai été projetée dans le monde du travail à la tête d’une entreprise qui n’avait rien de féminin ! (garage automobile). J’ai fait face car je suis de nature combative. Ce bouleversement, dans ma vie de bourgeoise et de mère, m’a appris à positiver tout évènement !

Quand t’es-tu mariée, à quel âge ? Et pourquoi ?

Philippe et moi nous étions rencontrés au mariage d’une amie. Nous sommes tombés amoureux…Mes parents devant quitter la ville où nous résidions, le mariage était fixé au 9 avril 1947, mais n’ayant pas 21 ans, l’âge légal pour se marier, il fallait une dispense.

Qu’est ce qui t’as fait tomber sous le charme de Philippe, ton futur époux ?

Nous étions à une soirée dansante. J’ai vu Philippe qui dansait la valse et le tango de façon merveilleuse. Je me disais «  Mais quand va-t-il m’inviter à danser ? Il ne va jamais m’inviter ! » J’ai attendu plus d’1h30 pour être invitée à danser. C’était un danseur magistral, danser avec lui était un délice.

Comment s’est déroulée ta demande en mariage ?

En 1947, les parents du jeune homme devaient demander la main de la jeune fille aux futurs beaux-parents.

T’a-t-il offert une bague ? Quel type de bague était-ce ?

Pour mes fiançailles, mes beaux-parents m’ont offert une très belle bague. Sur un anneau de platine, deux brillants côte à côte. Symbole de l’amour, cette bague portait le nom de « Toi et Moi ».

Que portais-tu comme robe ? Etait-elle faite sur mesure ?

Maman a réalisé elle-même ma robe de mariée. Très sobre, juste serrée à la taille, sans décolleté mais ras du cou, avec des manches jusqu’aux coudes. Bien sûr, mes mains étaient gantées. Ma tête était recouverte d’un voile bordé d’une dentelle fait main, assez long pour former une traine soutenue par deux jeunes demoiselles d’honneur.

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Quel est l’élément que tu devais avoir lors de ton mariage et qui avait une valeur particulière pour toi ?

Le voile de la mariée était le symbole de la virginité aux yeux de tous, et je suis rentrée à l’église, mon voile rabattu sur le visage.

Quels étaient les codes à respecter pour ton mariage ?

A mon époque, la mariée ne pouvait être vêtue que de blanc. Pas de tailleur, pas de décolleté plongeant. La coutume voulait que le jeune couple quitte discrètement l’assemblée dans le milieu de l’après-midi pour partir en voyage de noces. Et la fête continuait… sans  nous.

Quels sont les codes qui se font aujourd’hui pour un mariage et qui auraient été insensés à ton époque ?

Aujourd’hui toutes les fantaisies sont admises dans la tenue des mariés, de même dans la décoration des salles. De notre temps, les bouquets offerts aux jeunes mariés servaient à décorer les tables, les salles de réception. Il n’y avait pas d’animations, pas de sketch ni de chorales évoquant avec humour certaines scènes… de la vie des futurs mariés.

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Pourrais-tu nous décrire le déroulement du jour de ton mariage ?

Ce fut avant tout une cérémonie, le branle-bas de combat dès 8heures, parce que le photographe devait prendre des photos des futurs époux ainsi que des demoiselles d’honneur…Levée assez tôt je fus l’objet de beaucoup d’attention de ma mère qui s’occupa seule de m’habiller. Il y a beaucoup de choses qui restent floues dans ma mémoire, mais j’imagine  une atmosphère de stress qui devait régner sous l’autorité de mon père, qui, en tant qu’officier supérieur, veillait au respect des horaires.

Une anecdote concernant ton mariage ?

Un grave loupé a failli arriver en tout début de cérémonie religieuse ! Notre ami l’abbé, qui devait célébrer, nous à fait attendre plus d’un quart d’heure !! Nous étions très angoissés car il devait nous rejoindre en moto et nous le savions « fou du volant ».Je pense que mon père fulminait ! Nous l’avons finalement aperçu vers la sacristie pour se mettre en tenue !!

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Aurais-tu aimé changer quelque chose dans ton mariage quand tu vois ce qui peut se faire de nos jours ?

Certes, nous étions heureux et tout émus de nous marier, mais j’aurais aimé qu’il y ait plus de place pour un temps de joie collective : entendre les copains nous mettre en boîte tous les deux….ce qui n’était pas possible tant ma belle-mère était guindée !!

Quelle était l’implication de ta famille et de ta belle famille dans ton mariage ? Ton futur époux s’est-il investi dans l’organisation du mariage ?

Je pense que parents et beaux-parents étaient à mon époque plus impliqués dans l’organisation du mariage de leurs enfants. C’était eux qui s’occupaient des dépenses. Cette soumission était dans l’air du temps ! En revanche, la cérémonie à l’église nous impliquait plus, Philippe et moi. Et c’est sous la houlette de l’abbé que nous avons choisi les prières, les chants et les morceaux de musique religieux que nous voulions entendre, lors de notre messe.

Avais-tu des demoiselles d’honneur ?

J’avais huit demoiselles d’honneur dont deux petites filles, qui tenaient mon voile. Le rôle des demoiselles d’honneur était limité à faire la quête lors de la messe. Il y avait ma meilleure amie, une amie d’enfance, l’une de mes sœurs et des cousines. Elles devaient toute être célibataires.

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As-tu un souvenir qui t’émeut particulièrement quand tu repenses à ton mariage ?

Être au bras de mon père dans sa tenue d’ingénieur officier de l’armée française. Il faut dire qu’elle était remarquable avec la cape noire doublée bleu ciel qui couvrait les épaules de mon père.

Où es-tu partie pour ton voyage de noces ?

Dans le Pays basque, à Hossegor dans une villa prêtée par des amis car nous avions très peu de moyens. Nous étions très émus par cette région. Par la suite, nous avons fait construire notre maison en Bourgogne dans le style Basque. Une initiative tout à fait loufoque pour l’époque.

L’un de tes plus beaux souvenirs ?

Lorsque Philippe m’a confié son journal peu de temps avant que nous soyons mariés. Cela m’a bouleversé, une partie me concernait. J’ai découvert à travers son journal le regard qu’il posait sur moi. Il y parlait de mes yeux…. Il m’appelait Fannou.

Un conseil pour les futurs mariés ?

Ma mère m’a donné ce conseil et c’est à mon tour de le transmettre : Lorsque vous rencontrez des difficultés, des accrochages dans votre vie de couple, il faut toujours se demander pardon avant d’aller se coucher. Cela n’est jamais simple mais il faut discuter et se réconcilier. C’est le ciment d’un amour sein et profond.

 

Merci à Françoise, cette magnifique femme forte, cette merveilleuse grand-mère. Merci d’avoir partagé ses souvenirs, son histoire, son époque avec moi. Merci à sa sagesse et à son ouverture d’esprit. Un échange entre deux générations rempli d’émotions et d’amour.